Musiques Innovatrices > Présentation du festival

Musiques Innovatrices

20e édition / Saint-Etienne, Firminy / 11, 12 & 13 juin 2010

Compte rond contre ballon rond

Il faut bien en convenir : célébrer un anniversaire de ce type relève souvent d’une fanfaronnade se positionnant entre autosatisfaction d’avoir accompli un nombre impressionnant de manifestations, et ce contre tous les vents contraires – face à qui œuvre au décloisonnement, il s’en lève toujours de nouveaux -, et volonté de capter l’attention de tous sur un compte rond marquant deux décennies.  Calcul en fait erroné puisque les Musiques Innovatrices, nées en 1987, ont parfois dérogé à la fréquence de leur rendez-vous annuel, en 2009 notamment, année dont on dit maintenant qu’elle fut blanche (ou noire).

En quoi cette 20ème édition serait-elle plus “exceptionnelle” que les autres ? Puisque notre désir de présenter, à l’égal d’autres manifestations hexagonales, un quota suffisant de musiques de création – rappelons qu’il leur est vital de se faire entendre ici, maintenant et régulièrement - ne se distingue d’aucune variabilité de cap ni de propos, la dissidence restant au cœur de l’art et de ses mobiles, de cet art qui doit nécessairement fracturer pour marquer et perdurer. 

Dans un contexte d’inquiétante remontée de la vulgarité, du carnavalesque et de la distraction à tout va qu’encouragent ici comme ailleurs nombre de décideurs du milieu culturel, il ne nous est permis d’y répondre autrement que par le faire et dans sa persistance.

Endurcis à l’écoute de ces harmonies surnaturelles qui contribuent à faire subtilement dévier le monde de son axe, et grâce à une providence qui place à juste escient les bonnes fréquences entre nos deux oreilles, nous continuons d’adopter la même ouverture dans nos choix de programmation, les traquant ailleurs que dans ce que l’actualité culturelle nous prémâche.

Musiques improvisées, expérimentales, inclassables et nombre de cas à part (un florilège de cas à part) rythmeront en 2010 un parcours d’une vingtaine de concerts, répartis sur deux hauts-lieux du patrimoine architectural ligérien.

Du vénérable krautrock faustien au rafraîchissant psyché-folk de Lisa o Piu, de l’appel au mystère affleurant des doigts de Stéphan Oliva aux feed-back stridents de la guitare de Keiji Haino, en passant par l’électrochoc en live de Roux et Epplay ou par la création à bras-le-corps d’un collectif de treize membres à l’Eglise du Corbusier allant bien au-delà du dispositif généralement désigné du nom de performance, les Musiques Innovatrices vous donnent rendez-vous du 11 au 13 juin et vous sacreront de fait parfaits altermondialistes entendu que ce week-end sera par le hasard du calendrier celui du lancement d’un mois de liesses et de libations au dieu sinistre du ballon.

A vous de faire le choix du spectacle avec la certitude de rebondir, en notre compagnie, d’étonnement en étonnement.

 

Bruno Meillier

 

Ce carrefour des musiques d’aujourd’hui n’a pas seulement permis la venue de compositeurs, interprètes et groupes musicaux contemporains internationaux parmi les plus pertinents. Le Festival des Musiques Innovatrices est, au fil des ans, devenu un temps fort de la culture pour Saint-Etienne et sa région. Son indéniable originalité et l’intérêt que lui ont accordés le public et les médias depuis sa création ont fini par consacrer ce festival “autre” à l’étranger comme dans notre hexagone. Proposant, avec une exigence de qualité et une rigueur dans ses choix, une musique créative, ébouriffante (rarement entendue ailleurs), les Musiques Innovatrices ont su occuper un vrai créneau.

Le Festival a été créé en 1987 à la Maison de la Culture de Saint-Etienne, depuis passée Opéra-Théâtre. La direction artistique en fut confiée à Bruno Meillier, lui-même musicien au parcours à cheval entre plusieurs styles (jazz, rock, musiques improvisées). Grâce au travail effectué depuis plus de deux décennies, l’organisation “Toto N’aime Pas La Soupe”, constituée de mélomanes et de musiciens résidant à Saint-Etienne et dans sa région a effectué un travail de terrain important (stand d’information, accueil des festivaliers venus de l’extérieur, vente de disques, organisation de petits concerts, expositions, forums durant l’année...) dès 1990.

A partir de 1997, les nouvelles éditions des Musiques Innovatrices s’inscrivirent dans “Art dans la Ville”, temps fort d’expositions dévolu aux arts plastiques. L’interaction s’avéra fructueuse permettant circulation des idées et de nouveaux publics. Performances, installations sonores, diffusions et concerts se retrouvèrent “éclatés” dans des contextes inhabituels (musées, galeries d’art, friches industrielles, ateliers d’artistes, bars, etc). A la suspension d’“Art dans la Ville” en 2005, le Festival s’ancra au Musée de la Mine, lieu “chargé d’histoire et de mémoire” de la Ville de Saint-Etienne, propre à fournir un cadre idéal aux concerts.